" Je dessine à l'encre vide un désert "

 " Je dessine à l'encre vide un désert "
Tell me you love me like a star
Tell me you want me wherever you are
Tell me you breath me till your last breath
Liar liar


Ils me manquent. A en crever. Et sa main dans la mienne, et son rire, son harmonica, leurs parties de billards, nos soirées en boîte de nuit, nos cours avec Paul et David, et Brian, son épaule où je laissais aller ma tête et toutes mes incertitudes dans le plus doux des abandons. Nos soirées au pub, nos cookies de chez Mark & Spencer, nos errances dans Cambridge et dans Londres, notre karaoke, nos fous rires français, leurs chansons espagnoles, nos taxis, nos galères dans les bus, nos sourires et ce vertige qui me prend, qui enlève mon coeur et retourne ma tête dans une ivresse maladive. Ils me manquent. Je répète ces mots, comme pour essayer un peu d'en atténuer le sens, mais rien n'y fait le manque est toujours là et semble avoir décidé de s'installer un moment avec moi. J'ai tellement pleuré pendant des jours entiers que mes yeux semblent n'avoir plus d'eau, ou du moins ne plus vouloir les verser pour me punir d'avoir surdépensé le quota autorisé. Et après tout, ce n'est pas plus mal... J'en avais marre des yeux rougis et des lèvres gonflées à force de pleurer. Les gens dans l'avion et dans l'aéroport se demandaient sûrement ce que cette fille au sweet de l'université de Cambridge avait pour pleurer comme ça... L'avion a décollé sous la pluie de mes yeux et moi même je ne sais pas. C'est ça d'être une fille idiote et sensible dont le cerveau ou le coeur détraqué refuse d'admettre que l'on peut embrasser quelqu'un un jour et ne plus rien avoir à en faire le lendemain. Et ma main tremble un peu. Et lorsque je me dis que je ne les reverrai jamais, l'envie de vomir me prend le ventre, comme si, finalement, la grippe A était bien revenue avec moi en France. Je déteste mon imagination romanesque qui rêve sans cesse et s'en va vers la lune au moindre geste de tendresse. Foutue sensibilité féminine!

# Posté le mercredi 02 septembre 2009 09:49

Modifié le samedi 12 septembre 2009 11:30

" De la fenêtre de ma chambre j'compte les touristes sur les bateaux, j'oublie une heure que j'vis autant au bord du gouffre qu'au bord de l'eau... "

   " De la fenêtre de ma chambre j’compte les touristes sur les bateaux, j’oublie une heure que j’vis autant au bord du gouffre qu’au bord de l’eau... "
Moi j'aimerais bien pouvoir me battre en Espagne contre des moulins,
Pourvu que je sois Don Quichotte, pourvu qu'il y ait des moulins
Sous un soleil qui vaut de l'or avec la mer qui campe au loin,
Poussant ses vagues au creux d'un port, très loin du Canal Saint-Martin...



Il avait chanté "Moi j'ai Paris", un hymne à la ville Lumières, qui parfois sait si bien apaiser le manque que l'on peut avoir de la mer et des vagues qui sont trop loin de la capitale. Et ses chansons savaient toujours aussi bien ramener des bouts de mer et des larmes de sel au bord de mes yeux. Moi j'étais revenue de la mer avec cet émerveillement, toujours, cet amour si grand pour le paysage des vagues que j'aurais pu, un instant, envisager d'abandonner les pavés et à la Seine pour une fenêtre avec vue sur la mer. Vivre dans cette odeur indescriptible où se mêlent l'odeur des poissons dans les filets des pêcheurs, celle des algues et celle des vagues de sel dont le reflux vient sans fin se briser sur les rochers. M'abandonner aux côtes de l'Atlantique où la violence des vagues lorsqu'elles éclatent sur les côtes fait que l'on prend pour de la brume le duel qui a lieu entre la mer et la terre. Mais voilà. J'avais retrouvé aussi les rues de Paris, ses pavés, ses monuments et sa lumière que j'aime tant. Et je ne sais pas qui de Paris ou de la mer me manquerait le plus. Il faudrait qu'un bout de l'Atlantique, peut être, vienne prendre la place d'un bout de Seine. Ou que je navigue entre Paris et Saint-Malo, peut être ? Ce qui est sûr, c'est qu'entre les deux j'aurais toujours un besoin immense de sa voix et de ses yeux bleus. Même s'il s'en ira toujours au loin, comme un marin qui lève l'ancre... Et même si je pleurerai toujours un peu à cause de ça. Je veux me noyer avec lui, et pas sans lui.


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# Posté le vendredi 24 avril 2009 09:32

Modifié le vendredi 24 avril 2009 10:03

Theatre's fever, as well <3

Theatre's fever, as well <3
Et les répétitions sont assez joyeuses... Elles sont remplies de rires, de chansons et de danses, de maquillages bizarres, de déguisements sympathiques, de sorties à la cafétéria affichantes pour cause de déguisements... Bref, ce sont des cours de théâtre comme je les aime, avec une grande majorité de littéraires...

" Fatigués par les tortueuses vérifications de la nuit, leur seul désir était de se débarasser de cet intrus avant que le soleil farouche de ce jour aride et sans vent n'allumât sa fournaise. Ils improvisèrent un brancard avec des débris de misaine et de bôme, et le renforcèrent avec des carlingues de haute mer, pour qu'il supporte le poids du corps jusqu'aux falaises. Ils voulurent enrouler aux chevilles du mort une ancre de navire marchand pour qu'il descende sans anicroche dans les abysses où les poissons sont aveugles et où les scaphandriers meurent de nostalgie... [...] Ils le lâchèrent sans ancre, pour qu'il revienne s'il le voulait et quand il le voudrait... Et tous retinrent leur souffle durant cette fraction de siècle que le corps mit à tomber dans l'abîme."

Et les mots de Gabriel García Márquez prennent vie sur la petite scène de théâtre, tous ensemble nous nous mettons à vivre sur le souffle d'Esteban, au milieu d'un même village et d'un même corps, dans des mots un peu écorchés, un peu tristes, un peu magiques, et qui appartiennent aux pages d'un grand monsieur colombien, dont la beauté de la langue faisait de l'espagnol un hymne à la poésie et un chant aux noyés. Et tous ensemble nous parlons mille langues pour un seul coeur, celui d'Esteban.

# Posté le jeudi 19 février 2009 11:51

Modifié le jeudi 19 février 2009 12:31

La tentation métaphysique, ou comment apprendre la philosophie de Platon à un enfant de huit ans...

    La tentation métaphysique, ou comment apprendre la philosophie de Platon à un enfant de huit ans...
Lucas me regarde et il me dit "Tu veux pas plutôt jouer au babyfoot avec moi ?". Je réponds que non, qu'il a des devoirs et que l'on va finir de les corriger. En regardant son cahier, je suis prise d'une nostalgie immense en repensant à ce que je pouvais faire quand j'avais son âge, et en même temps, je me dis que pour rien au monde je ne retournerais en arrière. C'est beaucoup plus intéressant maintenant. Lucas devait recopier un texte, et je suis stupéfaite de voir que, même en ayant l'orthographe des mots sous les yeux, il fait des fautes partout. Cela marche à coups de "Ils disait", "je suis rentrer ché moi", etc... Il écrit comme il parle, c'est à dire au hasard, un peu n'importe comment. Moi, avec patience, je reprends la feuille et j'entreprends de remettre chaque chose à sa place. J'écris les verbes au tableau, j'explique qu'au pluriel il faut "ent", qu'avec l'auxiliaire être on accorde le participe passé, etc... Mais Lucas ne m'écoute pas, il répète toujours les mêmes fautes et j'ai beau dire qu'on ne dit pas "Il faut que j'a une bonne note" mais "il faut que j'aie", ca ne marche pas. J'essaye de l'intéresser, pourtant, je déploie des trésors d'imagination... Mais Lucas me dit qu'il n'aime pas le français... Non, pas du tout. Lui, son truc, c'est les maths. Aïe. Pour moi qui suis littéraire à 300% et qui ne jure que par le français, c'est embêtant... J'aimerais bien lui expliquer qu'il est capital de savoir parler le français et de bien maîtriser sa langue car, comme le dit Hegel : "Penser sans mots est une entreprise insensée". Autrement dit, le fait de maîtriser sa propre langue, de la comprendre, d'en avoir une utilisation riche, belle, rigoureuse est le seul moyen de comprendre sa vie et de se comprendre, puisqu'on ne peut penser sans mots et que si l'on ne peut bien penser, on ne peut pas vivre et s'accomplir en tant qu'homme, et donc être libre. Je pourrai lui dire qu'alors, ne maîtrisant pas sa propre langue, il y aurait un fossé entre lui et le monde, qui ferait naître une grande incompréhension et peut être même une grande violence en lui. Mais je vois bien qu'il est trop jeune pour comprendre tout cela, et par là même que ce n'est pas de sa faute d'ailleurs. Seulement voilà. Après il sera trop tard pour combler le fossé. Je voudrais lui dire ça mais il ne comprendrait pas. Après tout, Madame Philosophie le dit bien : "La philosophie c'est pas du saucisson !"
Lucas me dit alors : "Comment je pourrais t'appeller ? Bidule Machin Chouette ?". Moi, un peu vexée, je réponds : "Non non, appelle moi plutôt Frederich Nietzsche." Lucas me demande qui c'est, ce monsieur, et quand je lui dis que c'est un homme qui fait de la Philosophie (et non de la Phisolophie), il tente de ramener la conversation à son sujet favori : les Pokémons, auquel moi, pauvre adolescente de dix-sept ans, je ne comprends rien et dont il lui semble tout à fait impardonnable qu'à dix-sept ans je n'y comprenne rien. Moi, peut être un peu exaspérée par ma journée, par la prof d'anglais qui vous vire pour trois minutes de retard, pour les manques de sommeil, la pluie et tout le reste, j'entame une discussion exprès incompréhensible pour lui, histoire de l'embêter un peu. Alors, je me mets à parler de Platon et j'explique : "Lucas, tu vois, Platon, il croyait qu'il existait deux mondes : notre monde et un autre monde, le monde intelligible, qui serait le modèle du notre. Tu vois, Platon pense qu'il existe ainsi un monde avec l'Idée d'arbre, qui serait UN arbre unique et parfait, et sur lequel nos arbres à nous, tous uniques, multiples et différents se seraient modélisés. Ainsi, nos arbres seraient tous imparfaits par rapport à l'Idée d'arbre du monde intelligible. Pour atteindre la vérité, il faudrait donc pouvoir contempler les Idées du monde intelligible..." . Plus je parle, et plus Lucas fronce les sourcils et tente de faire cesser la discussion. Lorsque j'achève d'un air théâtral, Lucas s'exclame : "J'en peux plus, je comprends rien !" Alors, prise de pitié, je m'arrête là et je propose, à la place, pour me faire pardonner, de lui lire Harry Potter. Il est content. Et puis, je me dis, moi, que peut être, un jour, ca lui sera utile ce que je lui ai raconté... On ne sait jamais, des fois que l'Inconscient soit si puissant qu'il ressuscite un discours philosophique des années plus tard... Des fois que... Je demanderai à Freud, si je le croise, un jour.
Je sais, vous allez vous dire que je suis méchante avec ce pauvre Lucas... Et pourtant, j'adore les enfants. Et lui je l'aime beaucoup, surtout quand il ne se comporte pas comme un enfant gâté, quand il me fait des danses bizarres en se brossant les dents, quand il me dit que je fais bien à manger même si je ne lui ai fait que de la purée, ou quand il mime chacun de mes mots lorsque je lui raconte une histoire... Mais parfois, aussi, tout le reste me désespère un peu, et je me dis que vraiment ça doit être terrible d'être prof de français.

# Posté le mardi 13 janvier 2009 11:40

Modifié le mardi 13 janvier 2009 14:49

Moi j'aime le soleil tout autant que la pluie quand je me réveille et que je suis en vie

  Moi j'aime le soleil tout autant que la pluie quand je me réveille et que je suis en vie
P'tite conne tu rêvais de Byzance mais c'était la Pologne jusque dans tes silences. *
Puisque tout passe... Le temps m'échappe encore un peu trop vite et j'ai peur de cette poussière humide qui s'échappe entre mes doigts. Un vieil orgueil me retient encore de crier que tu me manques, même si, finalement, je n'ai plus besoin de le dire et que tu le sais sûrement déjà. J'ai parfois tant de peurs enfouies qui ressurgissent et qui m'écrasent que je ne sais plus bien dans quel placard les ranger, qu'en faire, où les cacher... J'aimerais savoir arrêter le temps sur certaines choses, certaines intonations, certaines images, mais je ne peux pas. Alors je fais des rêves... En espérant, peut être, que le rêve serait bien une seconde vie, en essayant surtout d'atteindre ces sphères, bien trop inaccessibles pour ma réalité trop grise. Mais voilà, après tout qu'est-ce que ça change ? Parfois, ce serait bien aussi de pouvoir changer de réalité... Alors, plongée dans les récits maritimes d'Olivier de Kersauson, j'aurais pu m'installer un moment dans une autre vie, et glisser avec le grand marin au creux des flots, m'imprégner simplement de l'odeur des vagues et des soupirs de la mer. J'aurais pu, aussi, me glisser entre les pages de Shakespeare, ou dans celles de Proust, ou plonger dans la hauteur des falaises d'Olivier Adam, balayées par les vents, et apprendre d'autres vies, ou d'autres langues, d'autres visions du monde, d'autres lueurs du jour, et plus seulement en les rêvant, mais aussi en les vivant. Parce que j'aime Paris mais la mer me manque et la Bretagne aussi, surtout.
J'aurai voulu lui dire que c'était pas ta faute, qu'à pas vouloir vieillir on meurt avant les autres (...) P'tite conne c'est oublier que toi, t'étais là pour personne et qu'personne était là... . *
Note : Juillet-Août 2009 : San Francisco ? *Je crois les doigts*

# Posté le lundi 24 novembre 2008 10:44

Modifié le dimanche 28 décembre 2008 12:54